Archive pour février, 2011

Où il est question de disparus et de disparitions 1

Bordeaux, le quartier Port de Lune 

Où il est question de disparus et de disparitions 1 dans le père abbé images10

Très tôt ce matin là, un homme vêtu d’une simple tunique blanche monta sur un bout de mur un peu plus haut que les autres, dans le port de Bordeaux. Il y grimpa seul, et s’installa droit debout sur ces deux pieds nus, les mains jointes au niveau de la taille. Il ferma les yeux, et pria. 

« De ma colonne ou je suis monté ce matin, et ce n’est pas par hasard que je l’ai jointe, mais par inspiration de notre Grande et Belle Archange Galadrielle, archange de la conservation, je serai témoin d’une grande infamie, celle de la tromperie, du mensonge, et de l’aveuglement. Malheureusement, les voeux que j’ai fait au Très-Haut m’empêchent de l’annoncer au peuple de Guyenne, mais j’insiste pour en être un témoin direct. 

Dans cette ville de Bordeaux, dans ce quartier du Port de Lune, depuis maintenant trois années presque complètes, un malheureux vit le véritable enfer lunaire, et ce, bien malgré lui, d’après la vision que m’en a donné l’archange.» 

Pendant que le moine stylite priait en silence, trois jeunes femmes passèrent devant lui. Elles se rendaient un peu plus loin visiter un apothicaire. La deuxième fit remarquer le moine, curieuse statue vivante… et pleine de vie, à ces copines. 

-T’as vu ça, ma Germaine, y’a un bric sur le poteau! 

-Ben dis-donc, qu’est-ce qu’il fait là, monté sur un poteau? 

-Oh! Et c’est qu’il est bien monté, en plus! de rétorquer la troisième… Les trois amies gloussèrent de rire, s’imaginant glousser d’autre chose ensuite de leurs emplettes de l’après-midi. Elles allaient acheter une potion qui allait donner vigueur à leurs hommes, justement… Quand on a une idée fixe… Mais nous nous éloignons de notre récit. 

Le moine ne releva pas la réplique. Il ne l’avait pas entendue. Il était en transe dans sa prière. 

«Derrière les barricades renforcées d’un entrepôt malfamé, un groupe d’hommes et de femmes vivant en parfaite harmonie… entre eux et contre le malheureux. Jouant de luxure, de gourmandise et d’envie, ils se complaisent à renvoyer un message à leur captif qu’ils espèrent vengeance devant ce qu’ils appellent un grave préjudice. Un jour, seront-ils punis eux aussi? Je prie le Très Haut pour que cela soit. 

Ils ont choisi de faire vivre au malheureux les souffrance de Lucifer, qui, de se cellule, alors que 

Monseigneur Bender.B.Rodriguez a écrit:

les jours passèrent, puis les semaines se transformèrent en mois et les mois devinrent années si bien que Lucifer atteignit l’âge de quarante-quatre ans emprisonné et toujours épris d’une indicible peine,

désespéra au point de se livrer corps et âme à la folie du Sans Nom. J’espère ô grand espoir que le sort du Démon ne lui arrivera pas! Si le Démon a choisi d’incarner dans tous les aspéritées de sa vie l’acédie en tous ces aspects, en effet de son infortune, j’espère que le malheureux qui est devant moi aura su et saura encore rester fort et inspiré! Et, à en croire les songes qui sont venues jusqu’à moi, j’ose espérer que oui! Ensuite de l’espoir, j’offre à ce malheureux ainsi qu’à notre église la seule force que j’ai: la prière… » 

Le moine, sur sa colone, resta toute la journée ainsi durant. Alors que la nuit tombait, il descendit. Puis, revient le lendemain, se répétant mentalement le même crédo. 

Ainsi désirait-il savoir Aristote avec lui.

Bordeaux, à l’intérieur dudit entrepôt. « Je suis entre souffrance et démence. Je prie le Très Haut pour que celles-ci sortent de mon corps. Mon dernier repas remonte déjà à trop loin. Je me sens faiblir. Mes muscles saillants deviennent sec. Mais je ne sombrerai pas dans la lamentation de Lucifer! Ma soif de connaissance sera plus forte que tout, et mon pardon sera donné à mes bourreaux. » Puis, les incroyables scènes qu’il avait vécu il y a à peine quelques semaines se réanimaient devant lui. Rêves? Certainement pas. Il n’avait plus la force de dormir. Hallucinations? La soif et l’appétit savaient faire des ravages. Il revoyait devant ces yeux, tel Asmodée l’avait vécu, 
Tibère d’Arcis a écrit:

un jour que la fête battait son plein, les tables comme les chaises étaient renversées, les corps étaient étendus à même le sol. La plupart étaient nus, enlacés, enserrés et comme enchaînés par le plaisir. Des esclaves, nus eux aussi, tentaient d’enjamber tant bien que mal les hommes et les femmes qui s’étreignaient dans des positions obscènes. Ils apportaient sur des plateaux d’ivoire tout ce qui était nécessaire aux plaisirs orgiaques.

Savoie refermait les yeux pour que le noir envahisse son esprit. «Non! Celui Qu’On Ne Nomme Pas, sors de cette pièce! Tu ne me tenteras pas comme tu l’as fais avec le Démon de la Luxure! Ma foi est plus grande que toi!» Il savait qu’il n’avait pas encore passé du côté des hallucinations. Que son calvaire était bien réel. Malgré la souffrance, il n’avait pas encore passé le point de non-retour. 

Ligoté et certes affaibli, Savoie ne pouvait même pas lever le pouce. Son seul espoir était que des enfants, par exemple, un peu trop aventureux, ne le découvre sur cette table qui était devenue son lit depuis bien trop de mois qu’il ne les comptaient plus. Et, qu’il espérait, ne deviendrait pas son cercueil. 

L’odeur de la pourriture des restes de nourritures commençaient à le déranger fortement. Les cendres éteinte depuis trop longtemps emplissaient le local d’odeurs nauséabonde. Il le sentait, littéralement: ces jours ici étaient comptés. 

« Je suis souffrance. Que je ne devienne pas démence. Sainte Galadrielle, offre moi ton pain comme tu l’a jadis fait. Permet au Très-Haut d’interagir pour moi et de continuer mon chemin. Chasse mes cauchemars et permet moi de te voir, Lumière devant mes tourments. » 

Mais qu’était-il arrivé en ces lieux? Quel était la source de tous ces maux? Savoie lui-même, trop épuisé, dévasté, ne savait dire, en ce moment, si tout ceci était réel, ou si lui-même ne se trouvait pas aux enfers lunaires… 

Puis, dans sa tête, ce cantique, qui était répété cinq, dix fois, cent fois à chaque journée en ces lieux, ce cantique tout droit venu de la Lune, qui l’obsédait, et dont il ne parvenait pas à chasser de sa tête… Était-ce le signe que le Sans-Nom gagnait sur lui? 

Citation:

Le désir cherche, 
Un précieux cœur, il cherche. 
Laisse-moi voir si c’est le tien 
Et alors, il m’appartiendra. 
Et si tu ne l’as pas ? 
Le désir cherche, 
Tout ce que tu possèdes, il cherche. 
Laisse-moi te détruire pour m’en enrichir, 
pour devenir mien.

Non. C’était le souvenir de ce qui s’était réellement passé sous ces yeux. Pendant toutes ces années. Il faisait tout pour chasser le chant… Pourtant, l’ode revenait malgré lui… Douleurs, souffrances… Et la vie de tous ces corps autour de lui, morts, sacrifiés, lui rappelait que tout ceci n’était pas un rêve. L’enfer, peut-être. Mais pas l’enfer lunaire. Malheureusement.

Bordeaux, quartier Port de Lune
 images10 dans le pigeonnier

Remonté sur sa colonne, ce matin encore, les yeux fermés, toujours, le moine stylite était entré en communion avec ce qui se passait derrière les murs qui lui faisaient face. Comment cela était-il possible? La transcendance, sans doute. Évidement, cependant, personne autre que lui ne pourra jamais en être témoin. Cela sera sa récompense toute personnelle offerte par le Très-Haut. Lui saurait. Les autres ne le pourraient pas. Il ne demandait reconnaissance à personne d’autre, de toutes manières. Pourvu que le malheureux s’en tire. Le rôle du stylite n’était pas d’interagir. Mais de communier. Telle était la récompense de son dévouement divin. S’il avait embrassé ce chemin il y a si longtemps, car il ne se résolvait pas à vivre parmi les hommes, aujourd’hui, il trouvait en quelque sorte la raison de son dévouement. Enfin, le pensait-il. 

Il voyait la scène. Probablement au travers des yeux du malheureux. 

L’un avait un chapeau tête de serpent qu’il mettait dès qu’il entrait dans la pièce. Il croyait ainsi revêtir le masque d’Asmodée, prince de la Luxure, et que cela lui donnait des pouvoirs exceptionnels. Dans les faits, seule sa folie les lui donnaient. 

Puis, celui là, avec sa longue chevelure qu’il portait jusqu’aux genoux, avec ces tresses installées le long de son dos, comme deux grandes ailes, qui se colorait le corps pour qu’il obtienne cette teinte rougeâtre, couleur de la pierre d’Aliénor, disait-il. Afin, selon sa prétention, se se rapprocher de Satan, prince-démon de l’envie… 

Ils jouaient une scène ou, recréant la vie d’Asmodée, ils prenaient par à une bacchanale qui n’en finissaient plus. 

Ceux-ci s’étaient laissé engraisser au point de ne plus pouvoir bouger. Ceux là, formidablement athlétiques, ne juraient que pour leur apparence. Tous répétaient, comme une litanies, s’adressant au malheureux: 

« Vous avez voulu nous exclure de la vie aristotélicienne? Nous allons te montrer ce qu’est vivre en dehors de la vie aristotélicienne. Tu verras tant de péchés que tu ne pensais pas qu’ils existaient. Puis, nous allons tous les réunir. Et te les faire vivre en direct, devant toi, tous en même temps. Ta conscience même ne pourra accepter ce que tes yeux te présenterons. Nous n’étions pas aristotéliciens? Ainsi en avez-vous décidé? Et bien voyez ce que vous avez créé. » 

Car bon aristotéliciens ils croyaient être, jadis… Dure comme fer. Lucioles à la Grâce du Très-Haut! Et tout ceci n’était que leur réaction à ce que l’église leur avait imposé. L’église aristotélicienne était -et de surcroit ce malheureux à qui on imposait la scène- la source de leur vie de pécheurs, depuis la prononciation de l’anathème, dont Savoie avait été l’initiateur… 

L’église les voulaient hérétiques? Hérétiques ils seraient. Ils répétaient sans cesse, continuellement: 

Citation:

Je te renie toi qui te prétends notre Dieu, notre supérieur. 
Je crois en toi comme créateur du ciel et de la terre 
Je dénonce et souhaite revendiquer ta chute 
Car il ne peut y avoir aucun juge Je promets fidélité en ma haine et ma lutte contre ta volonté. 
J’aspirer en un monde de liberté où chacun agit comme bon lui semble. 
Je renie tes valeurs qui nous contraignent et nous aliènent 
J’appelle à la rébellion contre ta volonté Que tes serviteurs te tournent le dos 
Que leurs yeux s’ouvrent à ton Message, ton Mensonge 
Que tous voient ta Duperie et ta manipulation 
Oh je te promets, ici, devant Toi, de combattre pour te détruire.

Le malheureux se surprenait à croire en leur délire. Puis, se ressaisissant, il se demandait combien de jours il allait pouvoir tenir. Mentalement. Car toujours, ces anciens chevaliers aristotéliciens le tenaient en vie. Le nourrissaient de soupe aux choux, de pains rancis, de vielles poires en purée à même leurs tiges. Juste assez pour ne pas le tuer. Mais assez peu pour qu’il garde sa foi. Pensaient-ils. 

Tournant la tête, le malheureux pouvait apercevoir les restes de son dernier repas… Entouré de vomissures… Qui commençait à dater au même rythme que les corps décédés qui se tenaient les uns contre les autres encore assis tout près de lui. Leurs morts avait été si fulgurante qu’encore en prière, ils n’avaient eut le temps de s’effondrer. 

Des gamins passèrent auprès du moine, cet après-midi-là. Ils s’arrêtèrent devant lui. Le dévisagea. Évidement, le moine ne broncha pas. A peine les avait-il aperçu. Ils rigolaient entre eux, le regardant, discutant de lui. 

-Maman dit qu’ils viennent directement de la Lune et que c’est pour ça qu’ils ne bougent pas. Pour payer de leurs péchés. 

-Tu penses qu’ils cachent de la nourriture dans leur soutane? 

-Tu penses qu’ils descende de leur colonne pour faire leurs besoins? 

-Phouah! Restons pas ici, si jamais ils fait, ça nous tomberait dessus! 

Alors que les enfants déguerpissaient en vitesse, un chien errant s’approcha de la colonne. Il la repéra, la renifla, et la trouva de son goût pour… L’histoire se garde de dire le reste…

Bordeaux, à l’intérieur de l’entrepôt Entre rêve, songe, et prière, Savoie discutait avec lui-même. «Comment en suis-je arrivé là? Pourquoi moi? 
Sans doute les Lucioles t’ont-ils pris en otage comme tu es le messager de l’anathème livré par l’église. Mais nous leur avons offert le Pardon! Ils pouvaient se repentir en posant un acte aristotélicien! En partant en Croisade! 
Peut-être tel n’était pas leur désir. 

Mais c’est qu’ils s’égaraient! Notre rôle, mon rôle, est de les ramener dans le giron de la douce parole! 
Peut-on forcer une conscience à une âme qui refuse la parole divine à la comprendre? 

Alors, il faut les en convaincre. Par la force s’il le faut. St-François de Gênes n’a-t-il pas démontré que: 

St-François de Gênes a écrit:

Il s’agit d’éviter que la peste hérétique nous contamine, ainsi il est préférable de sacrifier quelques âmes hérétiques pour sauver toutes les autres, et lorsqu’il s’agit de sauver des âmes, les corps n’ont plus d’importance, le spirituel étant infiniment supérieur au temporel, il ne faut guère hésiter à devoir ôter la vie aux méchants lorsqu’il s’agit de sauver des âmes des Enfers !!!

Oui, mais il peut lui aussi choisir l’affrontement. Et alors, il lui faut être assez fort pour se défendre contre les Saintes Armées. 

Et s’il choisi de ne pas se battre? 
Alors il doit savoir se terrer. S’enfermer. S’enmurer afin d’opposer, le jour où il voudra vivre en notre Royaume, une adversité si forte au Très-Haut pour qu’il craigne de l’attaquer. Mais cela ne s’est pas encore produit et n’est pas prêt à se produire de ci-peu. Les armées du Très Haut ont et gagneront toujours. 

Et si nous choisissons de ne pas nous battre? 
Alors il faudrait créer une muraille suffisamment haute pour que ce monde vive dans l’ombre de lui-même, peut-être. Mais tel n’est pas le désir du Très Haut. 

Mais je n’imagine pas un monde hérétique côtoyant le monde aristotélicien. 
Pour que cela arrive, il faudrait de fait que ces hérétiques soient bellement organisés. Ce qui serait le sceau du Sans Nom. 

Mais alors, nous les poursuivrions encore! 
Oui, de fait. Il leur faudrait grande force et grande organisation pour réussir à résister à la volonté du Très-Haut. 

Aussi, qu’ils rassemblent un grand nombre d’âmes en dérive. Puisse le Très Haut nous aider à faire en sorte que cela ne se produise pas. D’ailleurs, tous les foyers hérétiques que j’ai connu n’ont mené qu’à de plus grandes terres aristotéliciennes une fois les pommes pourries éloignées du verger. Le Maine en a été l’exemple parfait. La parole du Divin fini toujours par nous rejoindre. Maine, ah Maine! Comme tu me manques…» 

La nostalgie de jours heureux le maintenait en vie, pour l’heure. Il repensait à ceux qu’il avait aimé. Ceux qui l’avaient aimé. Cela lui donnait les quelques forces supplémentaires dont il avait besoin pour continuer son combat. Contre lui-même. Un combat pour sa survie.

Bordeaux, quartier Port de Lune 

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Le malheureux n’avait pas conscience du chemin qu’il avait parcouru depuis sa dernière prière dans une chapelle Tourangelle. Ces bourreaux l’avaient mené quelques trois cent kilomètres plus loin, fut-il capable de comprendre cette notion. Trois années de souffrance, de clavaire, de crasse, d’hérésies se déroulant devant ces yeux à chaque jour. Les Lucioles voulaient allumer S.E. Savoie. Ils s’y prenaient par tous les moyens. 

Jusqu’à… jusqu’à ce que la raison les rejoingne. Enfin. En partie. Car après avoir brûler vif plusieurs enfants, après avoir mangé, bu, comme Lucifer et Azael réunit, l’acédie les prit de cours. Voyant que le Sans Nom n’était pas dupe, et qu’il n’était pas intéressé à les accepter dans son cercle intime (le pouvait-il seulement?), les bourreaux du malheureux perdirent toute espoir en leur plan. 

Ils avaient selon eux tout essayé. Mangé à plus faim. Bu à plus soif. Vécu dans la luxure, dans le péché, dans la haine et dans l’envie. Pourtant, comme le Très Haut qui les avaient rejeté, il semblait maintenant que s’était le Sans Nom qui ne les voulaient pas. 

Leur meneur, après une semaine de réflexion intense, prit un papier. Il rédigea une lettre qu’il envoya au couvent de Bruz, où était rattaché le frère Savoie. Il prit également la bague de l’Éminence, la joignit au parchemin. Qu’il fit envoyer. 

Puis, il réuni tous ces comparses, leur demandant de se réunir en un grand cercle autour de lui. Il avait allumé maintes bougies. L’atmosphère lugubre n’annonçait que du malheur. « Mes frères, mes soeurs », leur dit-il, « la passion de Savoie nous a trompé. Rome elle même se trompe. La vie n’est pas ici, sur Terre. Elle s’envient. Ensuite. Nous sommes ici que de passage. Nous sommes en pleine chambre de gestation. Demain débutera la Vie, la Vrai. Demain, ensemble, nous boirons cette élexir. Et ainsi, notre vie débutera. 

Chose qui fut faite. Ils burent tous à même la carafe qui faisait le tour du cercle. Le dernier à boire pu voir le premier s’affaler par Terre tellement le poison qu’ils avaient bu était intense. Savoie fut témoin des évènements. Il avait depuis longtemps perdu toute capacité à parler, comme à s’émouvoir. Cette scène lui redonna par contre cette dernière faculté. 

«J’ai failli, mes amis», se dit-il pour lui-même. «Je n’ai pas réussi à vous garder parmis nous. Que pourrais-je faire de mieux la prochaine fois? Faites qu’il y aille une prochaine fois!» 

Bordeaux, à l’intérieur de l’entrepôt 

Enduit dans sa crasse et couvert de ces propres excréments, il se jura qu’il devait y en avoir une. Il récupéra chaque once de vie qu’il avait en lui. Il devait continuer. Il devait vivre. Il devait continuer sa mission.

Dans l’obscurité, la pestilence et le seul bruit des rats grignotant les restes de repas tombés sous Savoie -étaient-ce aussi des restes humains, qui sait- le malheureux ne pouvait que prier pour éviter la folie. Et se souvenir de qui il était. « Je suis père abbé de l’abbaye St-Louis.  St-Louis. Grâce à qui chaque jour mon oeuvre se poursuit. Lui a ramené le maïs des Indes, moi je l’offres aux nécessiteux à chaque jour grâce à la mission que je lui ai légué et offert le nom.» Car malgré toutes les charges, malgré tous les statuts qu’il pouvait avoir au sein de l’Église Aristotélicienne Romaine, cette mission qu’il s’était confiée était à ces yeux la plus importante. Et, à quelque part, la somme de toutes les autres. Autrement dit, celle qui le résumait le mieux. Celle, d’ailleurs, qui lui donnait le plus de courage. Mais elle ne le nourrissait pas. Du moins, pas en ce moment. Et c’est bien ce dont il avait besoin, de maïs, ou de pain, en cette heure… 

«Je suis archevêque de Tours. 

Ne m’ont-ils seulement pas oublié? Depuis tous ces jours, cent jours, mille jours! il m’ont sans doute remplacé dans mes charges. D’ailleurs, ils ne sont même pas venu me sauver… C’est sans doute qu’ils ont trouvé ce bout de parchemin que j’avais écrit, alors que la mort m’envahissait… Alors que je sombrais doucement dans l’obscurité… Je ne me souviens même plus ce que mon désarrois ai pu me fait dire… Si jamais ils ont trouvé ces mots… il n’est que peu surprenant qu’ils m’aient cru mort… Même sans avoir trouvé mon corps… 

J’ai faibli. Je tombais en des Limbes, qui, devant celles que je vis depuis ces incalculables heures, jours, semaines, mois, que sais-je! semblent aujourd’hui bien misérables… Et je prie le Très-Haut de bien m’en excuser. Le Divin est pardon. Et saît reconnaître qu’en ce moment, ma faiblesse n’est que physique… Car tant bien mal en point suis-je, je pense. Donc je suis. Toujours en vie. Tout cela est par trop réel. Puis-je contredire la souffrance que j’éprouve en ce jour? 

En me pensant disparu, je ne pense pas qu’ils se soient trompé. Ils doivent plutôt l’avoir été, trompé.» 

Il espérait simplement ne pas mourir de faim stupidement après cette épreuve. Mais il n’avait aucune possibilité d’interaction avec le monde extérieur. Sa seule chance était de rester en vie le plus longtemps possible. Son seul remède: ne pas oublier qui il était. 

«Je suis frère franciscain.» 

Sur ces mots, la première chose qui revînt en tête du Doyen de l’ordre étaient ces mots d’un de ces maîtres à penser:

son bien aimé Frère Girtan qui a écrit:

Le travail individuel n’existe pas chez les franciscains. N’oubliez pas : L’ordre « est la somme du tout ! » ce qui nous rendra toujours plus forts c’est l’oeuvre collective !

« Nous sommes la somme du tout. Ma vie ne vaut pas plus que celle d’un autre. On me retrouvera forcément, mort ou vif. Et tout ceci trouvera son sens. Tu ne souffres pas en vain, même si tu ne te rends pas jusqu’au bout de cette épreuve. » 

Etrangement, ces pensées l’encourageaient au plus haut point. Mais toujours, ne lui donnait pas à manger. Enfin. Ne comblait pas sa faim… physique. 

« Je suis Cardinal de l’Église aristotélicienne Romaine. 

Rappelle-toi le le Songe de Noam» 

Citation:

Un jour qu’il était endormi, Noam fit un étrange rêve; il vit un arbre, ou plutôt son regard suivit un tronc d’arbre interminable qui semblait monter tout droit vers le Ciel, quand, soudain, rompant cette ligne immuable, des dizaines de milliers de branches emmêlées et inextricables apparurent, brouillant considérablement sa vue. Il prit peur, se crut perdu au milieu de l’Enfer lunaire et se réveilla en sueur; du moins le crut-il, car, en fait, il rêvait toujours … Un ange lui était maintenant apparu et, pour l’apaiser, il lui expliquait son rêve:  » Ce que tu as vu, Noam, c’est le destin de ton Eglise … le tronc, c’est elle, et ce que tu as pris pour des branches, ce sont, en fait, les racines de cet arbre, qui s’enfoncent dans la terre et qui se conjoignent en un tout unique pour donner ce magnifique arbre. Ton Eglise sera pareille, Noam, forte et brillante, parce que des milliers de racines viendront la nourrir; toi tu en es une, mais, partout, dans le monde, même chez les païens, des gens réfléchissent, pensent, et apporteront, grâce à deux prophètes que Dieu enverra aux Hommes pour les guider vers Lui, leur pierre à l’édifice, car ces deux prophètes sauront conserver ce qui, de toutes ces sciences païennes, est utile à tous, de sorte que ton Eglise, Noam, saura faire naître l’unité de la diversité – E pluribus, unum (« et de plusieurs, un ») -.

« Oui, c’est cela. Un clergé travaillant de concert pour s’assurer que notre église soit à l’image du Très Haut. « La beauté résulte dans la copie des Idées », nous enseigne Aristote. Ainsi, ce clergé faisant notre église à l’image du Très Haut. Voilà ton église, mon frère.  » 

Ainsi, se disait-il, même si tout ceci tournait au drame pour sa petite personne, au moins, les autres pourraient goûter le festin de la Vie. Après tout, il s’agissait de travail collectif, et il avait posé sa pierre. A tout le moins l’avait-il tenté. 

« Je suis fidèle du Très-Haut 

 Et c’est ce qui compte le plus dans tout cela. » 

Alors, l’Éminence Savoie, en toute humilité, répétait en lui-même le Crédo aristotélicien comme le plus simple des fidèles le fait à chaque messe, comme le plus simple des diacres le fait à chaque cérémonie. Comme le plus simple des hommes et la plus simple des femmes le fait chaque matin, ou avant chaque repas. 

Savoie eu alors l’impression de manger du pain, comme s’il avait communié avec la communauté aristotélicienne en fin d’une messe. Comme si l’archange Galadrielle l’eut entendu, eut entendu la prière qu’il lui faisait depuis si longtemps. 

Une journée de plus s’offrait à lui.

Bordeaux, le quartier Port de Lune 

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Remonté sur sa colonne ce jour encore, le Moine Stylite était de plus en plus transcendé par ce qu’il vivait. Il lui semblait désormais vivre aux côtés du malheureux. De sentir comme lui. D’éprouver comme lui. 

Le récit qui fut porté à son esprit de la manière dont avait été traité le malheureux pendant toutes ces années ressemblait étrangement aux textes qui racontaient les vies de ceux qui devinrent les Prince-Démons. Était-ce parce que le moine avait tant étudié les textes sacrés du Dogme Aristotélicien et que son imagination en était remplie? Etait-ce parce que les bourreaux du malheureux avaient fait Foi de s’en inspirer au point de les calquer? Toujours est-il qu’ainsi lu fut mentalement transmise la manière dont ils vivaient: 

Vous saisirez tout l’emprunt quasiment direct en lisant les textes suivants: démonographie d’Azazel ,Prince-Démon de la gourmandise,démonographie de Lucifer, Prince Démon de l’acédie,démonographie de Satan, Prince-Démon de l’envie. Merci en leurs auteurs. Auteurs, permettez-moi de travestir quelque peu vos travaux originaux. Lecteurs, merci de comprendre les raisons de ces emprunts.

« Ces fidèles adulant leurs maîtres répugnaient à se cultiver et s’instruire si bien qu’ils désertaient les universités de plus en plus. 

Le travail synonyme d’asservissement était honni en leur communauté, comme dans celle D’Azazel, et n’inspirait que honte à celui qui continuait à vivre dans la vertu. A la moindre envie, le maître et ses disciples se servaient ou devrait-on dire volait tout sur leur passage. 

Las de la vie et insatisfait, le maître, tel Lucifer, engagea quelques domestiques pour s’occuper de lui donner le confort qu’il n’avait pas eu. Il ne cultiva plus ses terres et passa ses journées à se morfondre dans son malheur. L’oisiveté l’avait ainsi envahit et il ne faisait rien d’autre que dormir et manger, lui qui n’avait jamais une minute à perdre pour ne rien faire. Pendant des mois avait mangé plus qu’il n’avait bougé, le maître était ainsi devenu gras et disgracieux. 

En ce temps là, la communauté d’hérétiques, tel Oanylone en une certaine époque, connaissait une période mouvementée et agitée par les remous du vice et et l’écume des péchés. La haine et la violence s’étaient emparées de toute ces membres, l’acédie avait gagné les travailleurs qui préférèraient les biens matériels aux biens spirituels, l’oisiveté avait gagné chacun des suivants du maître, alors qu’il était traité en exemple, comme Lucifer le fut à ces heures. Son attitude paresseuse et oisive se répandit rapidement au sein du cloaque qu’était devenu la communauté, et un véritable culte lui fut voué. La secte, diverse et variée, faisait qu’également bourgeois et riches s’adonnèrent, eux aussi à la paresse, faisant travailler les autres à leur place et, comme Lucifer, commencèrent à ne plus croire en rien. Les péchés d’acédie, de gourmandise, d’avarice, de colère, d’envie, d’orgueil et de luxure s’emparèrent de la secte. La créature sans nom qui rôdait parmi ces hommes et femmes insuffla son venin dans le cœur de ses faibles qui se retournèrent contre les plus forts qui résistaient, au début. Si bien que la guerre éclata entre eux et que la violence, le meurtre et la haine devinrent ce qui guidait la petite communauté. 

Ces derniers appartenaient à la garde rapprochée du maître et œuvraient sur ses terres en se chargeant de récolter les biens des habitants et en leur faisant subir mille douleurs si ceux-ci refusaient. Ils firent donc selon sa volonté. 

Le maître prêcha de tout sa haine. Son énergie décuplée par le soutien de la Bestia Innominata le guida pour insuffler à chacun le Désir que tout homme se devait d’avoir. Ce Désir était l’incarnation de toute la perversité humaine et de Satan. Il leur criait de vouloir, toujours et sans répit. Il les exhortait à désirer toujours plus, de devenir un désir à part entière, comme une fin en soi. 

D’aucun pu se surprendre de la façon dont ces horribles évènements se terminèrent… » 

Sur le pavé, devant le moine, des fidèles bordelais commencèrent à remarquer l’étrange courroux qui accablaient le moine. De jours en jours, des femmes commencèrent à le rejoindre, au pied de la colonne qu’il montait. Évidement, d’autres citoyens de la ville commencèrent à ragoter… 

-Tous ces célibataires en ville et les voilà éprises d’un muet…
-Si au moins il voulait danser!
-En plus, t’as vu son habit? Si tu veux mon avis, ça le fait pas!
-Une vraie statue de pierre!
 Et voilà pourquoi le moine fut surnommé l’abbé Pierre… 

Pendant ce temps, le mur sur lequel était juché le moine semblait s’incliner à mesure que la colonne vertébrale du moine pliait sous sa douleur toute intérieure. Les femmes, à ces pieds, par leurs prières et position sur la rue, semblaient vouloir le supporter, le redresser, en reculant du muret sur lequel le moine était juché, comme celui-ci semblait s’incliner vers elles. En fait, c’était l’odeur du moine qui commençait à sentir très mauvais, comme cela faisait plusieurs jours qu’il grillait au soleil sans avoir prit de bain, qui les faisaient reculer. Mais elles n’osaient ni le dire, ni s’en aller… 

Elles mêmes silencieuses, à l’image du moine, reprenant position jour après jour, et, insouciantes du véritable enjeux, par la force des choses, elles faisaient dos au drame qui se déroulait à peine à quelques mètres derrières elles… 

Bordeaux, à l’intérieur dudit entrepôt 

Seul dans son entrepôt malfamé, Savoie souhaitait plus que tout autre chose retrouver la communauté des aristotéliciens. La solitude le pesait, car il savait que ce qui le maintenant en vie était l’Autre. C’est lui qui le faisait grand, qui lui permettait cette élévation. Tel le jour de sa profession de Foy aristotélicienne, il refit mentalement le voeu de rejoindre ces pairs les hommes, ses semblables les femmes. Le voeu qu’il faisait à tous les jours depuis son baptême. Le voeux qu’il faisait particulièrement depuis des mois, des années. 

Ce qui l’empêchait de sombrer dans la folie. 

« J’accepte d’être le plus simple des fidèles, tous les jours, peu importe ma charge, peu importe mon rang. 

J’accepte d’être plus grand que moi. De ne pas m’en tenir aux simples impératifs des nécessités de ma vie, mais à celle de toute la communauté que forme la famille aristotélicienne. De m’élever dans ma conscience, de faire copie du Beau, et de le mettre au monde, comme nous le dit Aristote. Devant cette idée, j’accepte de n’être qu’un pâle intercesseur, s’il le faut. 

J’accepte cette idée de favoriser le bien commun à mon bien personnel, car la communauté vaut plus que moi. C’est celle-ci qui me permet de vivre, c’est celle-ci qui me fait homme. Comment pourrais-je faire pousser mes champs sans le concours de on voisin? Comment pourrais-je défendre ma maison si j’étais seul au monde? C’est par le nombre que nous sommes grands, c’est par la communauté que nous sommes hommes. 

J’accepte de tout donner, en raison de la communauté, afin d’être moi-même. Cela ne signifiant ni ma pauvreté, ni l’abandon de moi, Gloire à Ste-Galadrielle, qui nous suggère de vivre à la hauteur de nos besoins, Gloire à Sainte-Boulasse qui nous suggère de vivre heureux dans la joie. Tout donner à la communauté signifie tout se donner totalement, en tant que tout, en tant que soi, et pour cela, je doit être le meilleur de moi-même. 

J’accepte du coup de ne plus être seul, et c’est ainsi que j’ai rejoins la Grande Famille aristotélicienne et ce que cela signifie. Ainsi, je suis homme parmi les hommes, et deviens donc plus grand que si j’étais seul dans ma grotte. J’ai trouvé la lumière au bout de celle-ci, je m’y suis approché, et j’ai vu le message du Très-Haut. Il m’a dit: « Bienvenu parmi les tiens ». J’avais trouvé mes frères les hommes, mes soeurs les femmes. 

J’accepte d’être la somme des expériences venues jusqu’à moi. Avec leurs erreurs, mais surtout avec leurs découvertes, enseignements, savoirs. Ainsi, faire partie de la communauté, avec ces qualités, avec ces faiblesses. Cette communauté me grandi, me fait être plus grand que moi, comme elle réfléchie sur elle-même depuis plus longtemps que ma simple petite personne n’a pu le faire depuis ma naissance en ce monde. C’est cette communauté qui me donne la grandeur d’être, la hauteur d’homme. » 

Encore ce jour, il sentit son estomac se remplir, par la communion que Sainte Galadrielle lui offrait. Son esprit transforma son appétit en pain, grâce au don divin, et pu vivre un jour de plus. Allait-il avoir la force de tenir ainsi longtemps isoler? La démence allait-il le rejoindre avant longtemps?

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